Cahier J, La PRESSE,
Montréal, samedi
4 octobre 2003, pages J1-J2
Auteur : Marie-Christine Blais
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Pour un peu,
cet oiseau virtuel chanterait, grâce au talent de
Jacques Lajeunesse
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Qui est le vrai, qui est le faux, du trompe-l'oeilliste
Jacques Lajeunesse ou du propriétaire du Fromentier
Benoit Fradette?
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C'était un tout petit village, sur la
côte ligurienne, en Italie. Un tout petit village comme tous
les petits villages de l'endroit, avec ses maisons couleur de «gelati» -
les fameuses crèmes glacés italiennes au goût de
mangue, de citron, de menthe, de pêche ...--, son atmosphère
délicieusement alanguie au moment de la sisete, ses odeurs de
sel et de terre mêlées.
C'était aussi un véritable décor que ce minuscule
village de Sori. Partout, au moindre détour, sur la moindre
façade,
dans le moindre recoin, des peintures en trompe l'oeil créaient
ici des colonnes, là des portes, plus loin des fenêtres,
des pots de fleurs ou des statues. L'oeil s'interrogeait sans cesse
sur la réalité; seule la main permettait de distinguer
le vrai du faux. C'était le virtuel avant que le mot soit à la
mode, l'illusion dans toute sa splendeur. C'est encore ce qu'on appelle
aujourd'hui le trompe l'oeil.
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Notre climat se prête peu au trompe-l'oeil
extérieur. mais à l'intérieur, tout est possible.
La vague de faux-fini qui ne connaît aucun essoufflement, est d'ailleurs
là pour en témoigner : cette technique de peinture décorative
permet de simuler un mur en bois, un intérieur méditérranéen
ou la patine du temps sur un meuble pourtant tout neuf!
Le trompe-l'oeil va encore plus loin que le faux-fini, en créant l'illusion
d'un puits de lumière ou d'une fenêtre. Non seulement cet art du
faux illumine-t-il les demeures, amis il fait sourire. «Pour moi, le trompe-l'oeil,
c'est l'humour en peinture explique Jacques Lajeunesse. C'est un clin d'oeil,
un jeu : un trompe-l'oeil est réussi lorsque les gens passent devant,
s'arrêtent, reculent, s'approchent, s'éloignent, touchent du doigt...
et sourient en réalisant que tout est faux.»
Les plus publiques des oeuvres en
trompe l'oeil du peintre et dessinateur québécois Jacques Lajeunesse se trouvent à la boulangerie
Le Fromentier, rue Laurier est , à Montréal. Sur les colonnes
qui soutiennent le plafond de la boutique, il a peint une cage d'oiseau,
un aquarium et même, montant d'un escalier et poche de farine sur
l'épaule, un boulanger (qui a évidemment les traits du propriétaires
de l'endroit).C'est notamment en rencontrant sa conjointe, Johanne
Ratté, qui explorait justement les possibilités du faux-fini,
que Jacques Lajeunesse s'est vraiment intéressé au trompe
l'oeil il y a quelques années. Tous deux enseignent d'ailleurs
l'un le dessin et les techniques anciennes de peinture, l'autre les
faux-finis et les couleurs.
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Conçue par Jacques Lajeunesse, cette
fenêtre en trompe-l'oeil sur un Sub zéro, illumine la pièce...
pour vrai.
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Pour réaliser ses peintures
en trompe-l'oeil, Jacques Lajeunesse travaille à la manière
des Anciens, favorisant la peinture à l'huile et la peinture à la
tempera.
« L'huile permet la transparence dans les glacis, ce qui donne un illusion
d'éloignement, alors que la tempera assure l'opacité dans les lumières,
ce qui donne une sensation de rapprochement», explique-t-il. En d'autres
termes, le trompe-l'oeil fait appel à un savant jeu de perspectives et
de contrastes, auquel il faut ajouter un dessin d'une grande rigueur et la qualité d'exécution
des ombres rapportées (fausses ombres intégrées au
trompe-l'oeil pour donner l'illusion du volume).
Le trompe-l'oeil est une art en soi, qui s'enseigne d'ailleurs de façon
très formelle dans plusieurs écoles, diplômes à la
clé, principalement en Italie.
C'est également en Italie, plus exactement à Lodi, qu'avait lieu
en mai dernier le premier Festival international de trompe-l'oeil. À cette
occasion, des artistes spécialisés dans cette discipline, dont
une bonne majorité de peintres italiens, ont participé à un
vaste concours tenu sous les yeux du public, sur le thème » Une
vue sur la ville». Ce thème a bien sûr inspiré de nombreuses
fausses fenêtres, comme autant de chambres avec vue!
Un coup d'oeil sur le site du festival (www.trompeloeilfestival.com)
révèle
rapidement une des caractéristiques du trompe-l'oeil pratiqué à la
manière européenne : plusieurs des oeuvres en lice font référence à une époque évanouie.
Dans l'une, c'est une ville italienne du XVe siècle qui surgit par
la fenêtre, dans l'autre, c'est un pays imaginaire et symbolique,
aux allures classiques pâlies par le temps, quand ce n'est pas carrément
un aperçu de la Rome antique! C'est toutefois une oeuvre aux références
plus contemporaines qui a remporté le premier prix.
le plus étonnant dans tout cela, c'est que le président du jury
du festival de Lodi était un... Anglais! De renommée internationale,
Graham Rust est en effet britannique et ses peintures en trompe-l'oeil, souvent
extérieures et sous forme de murale, se trouvent aussi bien aux états-Unis
qu'en France ou à Londres. Il a illustré plusieurs ouvrages de
fictions et d'horticulture et publié lui-même des livres spécialisés
sur le trompe-l'oeil dont les titres sont explicites : The Painted House,
Decorative Designs, Needlepoint designs, The Painted Ceiling.
Quel que soit le type de trompe-l'oeil, il faut accepter une réalité :
c'est une discipline qui exige du temps et beaucoup de métier. Elle n'est
peut-être donc pas à la portée de toutes les bourses. En
outre, et bien bien que de nombreuses murales trompe-l'oeil existent au Québec,
notre climat se prêtent difficilement à la réalisation d'oeuvres
sur les murs extérieurs de nos maisons.
quoique... sur le boulevard Rosemont, il y a eu, jusqu'à tout récemment,
un banal immeuble tout ce qui a de plus rectangulaire, sans balcon ni jardin,
qui avait pourtant des allures pimpantes : une main avait en effet peint, devant
chaque fenêtre, une boîte à fleurs multicolore. L'oeil était
trompé, l'ennui aussi.
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Pour suivre des cours avec Jacques Lajeunesse à Frelighsburg : 450-298-5444
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